SERMENT d'HIPPOCRATE
Le serment prêté en France par tout médecin lors de sa soutenance de thèse de Doctorat n'est plus le serment d'Hippocrate d'origine mais reste dans son esprit. Il a toujours pour fonction de fixer un cadre éthique à l'intervention du médecin et, par son énonciation devant ses maîtres, ses pairs et ses proches, de constituer un rite qui marque le passage du statut d'étudiant à celui de médecin proprement dit. Même s'il n'a aucune valeur juridique légale, il fait l'honneur de la profession médicale, et le Code de la santé publique, ainsi que le Code de déontologie du Conseil national de l'ordre des médecins - évidemment beaucoup plus précis et adaptés aux besoins de la société actuelle - y ont puisés les principes essentiels dans la rédaction de leurs articles.
Vous trouverez tout d'abord la traduction la plus proche du texte originel, puis la traduction d'Emile Littré dans les Oeuvres complètes d’Hippocrate éditées par J.B. Baillère à Paris en 1844 (comportant le texte grec en regard), suivi, enfin, du texte proposé à l'heure actuelle par l'Ordre des Médecins, sachant qu'en fait chaque faculté de Médecine possède sa propre version avec de légères variations sur la forme.
1) Traduction du grec :
Je jure, par Apollon médecin, par Asclepius, par les Dieux de la santé et de la Guérison, et par tous les dieux et déesses, les prenant à témoin que je suivrai, dans l'accomplissement de mon art, selon mes capacités et mon jugement, les règles de ce serment.
Je considérerai mon maître dans cet art comme l'égal de mon propre père. Je partagerai avec lui mes ressources et, s'il en est besoin, je le secourrais de mes propres deniers. Je considererai ses enfants comme mes frères et leur enseignerai la médecine s'ils le désirent et sans contrepartie. Je partegarai mes connaissances et répartirai l'enseignement de l'art médical entre mes enfants, les enfants de mon maître et tous ceux qui se seront engagés à respecter la loi des médecins. Je réserverai cet enseignement à ceux là seulement.
J'aiderai les malades, selon mes capacités et mon jugement. Jamais je ne me servirai de mon art pour porter préjudice ou blesser. Je ne donnerai sous aucun prétexte, ni poison ni moyen de s'en procurer ou de s'en servir. je ne fournirai à aucune femme le moyen d'avorter. Je garderai ma vie et mon art purs de toute souillure.
Je ne me servirai pas du scalpel même chez les patients souffrant de la pierre (*), mais je céderai la place à ceux dont c'est la profession.
Quelle que soit la maison dans laquelle j'entrerai, je le ferai pour aider le malalde, me garderai de toute mauvaise intention et ne forniquerai avec personne.
Quoique je puisse entendre ou voir dans ma profession ou même en dehors d'elle, je ne le divulguerai pas et le tiendrai secret.
Maintenant, si je tiens ce serment et ne le trahis point, que les Dieux m'accordent l'honneur dans ma vie et dans mon art parmi tous les hommes et au cours des temps. Mais que si je renie ma propre parole, les Dieux laissent tomber sur moi toutes les calamités.
(*) Lithiase urinaire.
2) Traduction de Littré :
Je jure par Apollon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivant : je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.
Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté. Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille (*). Dans quelque maison que je rentre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur,et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.
Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire.
(*) Ouverture chirurgicale de la vessie ou cystostomie.
3) Texte utilisé actuellement :
Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité. J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis(e) dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs. Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés. J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.
Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j'y manque .





